La Peur: Reine des émotions et ses différents masques/ Conférence de Lwiis Saliba sur Zoom, mercredi 18 juin 2025
Dans cette conférence, nous poursuivons ce que nous avons commencé lors de la leçon précédente, le 7 mai 2025, qui portait sur la réponse à une question fondamentale et centrale qui a attiré l’attention de nombreux followers et spectateurs, à savoir: comment transformer un repas en séance de méditation. Nous nous inspirons dans cette présentation de deux livre. Le premier est un ouvrage précieux écrit par Karen Koenig, intitulé « Les causes psychologiques de la prise de poids » (traduit en arabe). Titre original en Anglais: “The Rules of Normal Eating”. Et le 2ème un de nos ouvrages intitulé: “L’Encyclopédie de l’Ayurveda”.
Le dernier point que nous avons abordé dans la conférence précédente était la nécessité d’adopter une attitude de souplesse et de flexibilité envers nos sentiments et nos émotions : Vivez-les et laissez-les s’estomper, dit Karen Koenig, qui rappelle et insiste sur la nécessité d’observer ses sentiments et ses émotions sans les juger ou les condamner (p. 195): «Abstenez-vous de porter des jugements sur vos emotions, faites plutôt preuve d’empathie et de curiosité envers elles”.
C’est d’ailleurs ce que nous a enseigné la sage Tenzin Palmo, qui répète sans cesse ce conseil: “Détendez-vous et laissez vos émotions et vos sentiments remonter à la surface, traitez-les avec bienveillance, considérez-les comme un voisin agaçant et ennuyeux. Au lieu de vous lancer dans une dispute stérile qui ne fera qu’aggraver et multiplier les désaccords, et vous épuisera inutilement, offrez-lui une tasse de café ou de thé, engagez le dialogue avec lui et écoutez-le”.
Réprimer la peur la transforme en colère
C’est ce que la sage Tenzin Palmo appelle « dialoguer avec ses émotions », c’est-à-dire accepter d’abord l’émotion comme la peur par exemple, et reconnaître que nous avons peur, puis dialoguer avec cette peur avec bienveillance: pourquoi nous rend-elle visite? Qu’est-ce qui la motive ? Tenzin Palmo ajoute: “Considérez votre peur comme un patient dans votre cabinet, donnez-lui l’occasion de parler, d’exprimer ce qu’il ressent et de dire pourquoi il est inquiet et effrayé”.
C’est un conseil simple, mais essentiel, voire précieux, dont l’efficacité a été prouvée. Il nous permet de mieux nous comprendre et nous apprend à écouter notre for intérieur. En revanche, refuser et réprimer cette peur la fait se dissimuler derrière une autre émotion, comme la colère, ce qui complique encore les choses. C’est précisément ce que dit Koenig (p. 196) : « Si vous identifiez vos sentiments comme de la colère, creusez plus profondément, car la colère est généralement une émotion secondaire qui masque, protège ou défend d’autres émotions tels que l’impuissance, la peur, la blessure ou l’abandon.»
Il convient ici de réfléchir à ce que nous venons d’évoquer à propos de la peur. C’est en effet l’émotion la plus capable de se dissimuler et de se déguiser, car elle peut se présenter sous différents visages autres que son vrai visage, qu’elle parvient souvent à cacher sous d’autres masques tels que la colère, la cupidité, l’avidité ou d’autres sentiments et émotions négatifs. L’Ayurveda, ou médecine indienne, offre une explication claire et convaincante de cette caractéristique de la peur qui se cache sous le voile d’autres émotions négatives. Selon l’Ayurveda, la peur est l’émotion négative principale du tempérament Air ou Vent Vata (Vayu en Sanskrit). Alors que la colère est l’émotion négative principale de l’humeur Feu ou Pitta, l’émotion négative principale du troisième et dernier humeur, le tempérament d’eau, est la cupidité et l’avidité.
Le tempérament d’air ou Vent Vata, comme l’air et le vent, est invisible et ne se manifeste que par ses actions. La caractéristique principale du vent ou du tempérament aérien est qu’il agite les autres humeurs, tout comme le vent agite le feu et le fait brûler et s’enflammer, et tout comme le vent agite l’eau et la transforme en vagues déferlantes. De la même manière, le tempérament aérien Vata agite les deux autres humeurs, le tempérament de feu Pitta et le tempérament aquatique Kapha.
Selon l’Ayurveda, le tempérament aérien est le plus délicat et le plus fragile. C’est le premier à perdre son équilibre et il peut imiter les autres tempéraments, ce qui peut nous amener à croire que Pitta et Kapha sont perturbés et à l’origine d’un problème. Alors que plus de la moitié des troubles physiologiques trouvent leur origine dans le vent, comme le confirment les sources ayurvédiques, celles-ci attribuent à Vata le titre de Roi des doshas (tempéraments ou humeurs). Lorsque le vent est en équilibre, son équilibre se reflète automatiquement sur les deux autres humeurs. Le Rig Veda, le plus ancien livre du monde, dit du vent (Vayu) : « Sa voix est audible, mais sa puissance est invisible », et Sushruta, l’un des grands sages de l’Ayurveda, dit à son sujet: «Il est imperceptible, invisible, indéfinissable, mais visible par ses actions» (Sutra 42/5).
La peur est une émotion issue et résultante du tempérament du Vent Vata et qui possède les différentes caractéristiques et particularités de ce tempérament. Tout comme lui, elle est invisible et imperceptible, et peut se dissimuler, imiter et reproduire d’autres émotions telles que la colère, la cupidité ou l’avidité. Nous pensons alors, par exemple, que nous sommes en colère, alors qu’en réalité, c’est la peur qui motive et suscite notre colère. Il en va de même pour la cupidité, l’amour de la possession et l’avarice, car c’est souvent la peur qui motive ces émotions négatives et les exacerbe. Nous pouvons donc dire de la peur ce que l’Ayurveda dit du Vata : la peur est la Reine des émotions. Lorsque nous rétablissons l’équilibre perdu de cette émotion négative et que nous réduisons ainsi son intensité, cet équilibre de la peur se répercute automatiquement sur les deux autres émotions: la colère et la cupidité. D’où l’importance et la nécessité de travailler en permanence sur la peur, et de veiller à ne pas perturber l’équilibre de cette émotion ancrée dans le cerveau humain, héritée de ses ancêtres dans leur lutte acharnée pour la vie et la survie.
On en revient à ce que dit l’auteure Karen Koenig à propos de sa recommandation de ne pas résister aux émotions (p. 197) : « Écartez doucement votre résistance à ces émotions, acceptez le fait qu’elles vous rendent visite, accueillez-les (…) et laissez-les prendre leur temps jusqu’à ce qu’elles s’estompent, en vous rappelant qu’elles finiront par s’estomper».
Cette certitude empirique et expérimentale quant à la nature éphémère et momentanée des émotions négatives est fondamentale et extrêmement importante pour apprendre à bien les gérer. En effet, en résistant à ces sentiments, en les rejetant et en les repoussant, nous ne faisons que les exacerber et les aggraver, et leur conférer un caractère rebondissant, alors que le simple fait de les observer consciemment et attentivement, sans les suivre ni se laisser emporter par eux, contribue à leur reflux, tout comme les vagues se retirent inévitablement après avoir frappé les rochers du rivage.
Apprendre à écouter les signaux du corps
L’objectif principal de cette présentation simplifiée de la gestion des émotions reste la réfutation des arguments des adeptes de l’alimentation émotionnelle. À cet égard, Koenig conclut et affirme (p. 200): «Votre vie s’améliorera radicalement et automatiquement si vous cessez de vous réfugier dans la nourriture pour échapper à vos troubles psychologiques.»
Son exposé, bien que long et approfondie de nombreux détails psychologiques, reste cohérent et logique et montre que la santé mentale et physique de l’être humain sont interdépendantes et ne peuvent être séparées ni réifiées.
L’auteure insiste sur un point, qu’elle résume dans la phrase suivante (p. 136) : «Je peux apprendre à mon corps à me donner, au moment opportun, le signal de manger ou de m’arrêter de manger.»
C’est un conseil que donne La Sage Tenzin Palmo elle-même: “apprenez à écouter votre corps, à observer ses sensations et à comprendre comment vous ressentez les différentes émotions dans votre corps”.
Il est dans la nature du corps et dans ses bonnes habitudes, voire dans son instinct, d’envoyer des signaux de faim et de satiété. Cependant avec notre gourmandise et nos envies de nourriture, nous ignorons ces signaux. perturbant ainsi notre capacité innée à les écouter et à les suivre. Le résultat est alors inévitable, et Koenig le résume ainsi (p. 126): «C’est le fait de ne pas écouter les signaux que mon corps m’envoie concernant la faim, la satiété ou la plénitude qui me fera grossir ».
L’écoute exige le silence et la vigilance, et celui qui dévore son repas alors que son attention est distraite par diverses choses, comme écouter une conversation, participer à une discussion animée ou regarder la télévision, ne sera pas en mesure d’écouter les signaux de son corps. Koenig réaffirme l’importance et la nécessité de cette écoute, qu’elle associe à une philosophie simple de l’alimentation et à la nécessité d’en profiter (p. 137): “Une relation naturelle avec la nourriture consiste à écouter les signaux de son corps et à faire les bons choix. Cette relation est également axée sur le plaisir, la satisfaction, la satiété, la confiance en soi et, surtout, le plaisir de manger”.
Ce que nous pouvons ajouter ici aux propos de l’auteure Koenig, c’est savourer la nourriture exige de l’attention. Nous mangeons souvent sans apprécier notre nourriture, ni même la savourer, car nous sommes préoccupés par d’autres choses!
Les bases d’une alimentation saine
L’un des fondements de la philosophie alimentaire de Karen Koenig (p. 125) est le suivant: «Aucun aliment ne peut être qualifié de bon ou de mauvais. Mais nous pouvons qualifier tout aliment de l’un de ces deux adjectifs: sain ou malsain». Cette remarque semble pertinente, car nous avons été élevés au Moyen-Orient dans le respect de la nourriture, considérée comme un don de Dieu, et il n’est donc pas correct de la qualifier de mauvaise. En Inde, ils vont encore plus loin en disant que « Food is God », la nourriture est Dieu, car c’est un don précieux de sa part, et il n’y a pas de vie sans elle.
Koenig donne un certain nombre de conseils utiles dans le cadre de son slogan général (p. 222) : « Rappelez-vous toujours que c’est la façon dont vous mangez qui compte, et non la quantité ».
Parmi ces nombreux conseils, nous avons choisi les suivants :
1- « Restez attentif aux sensations de votre corps lorsque vous mangez et évitez toute forme de tension pendant le repas » (p. 211). En libanais, on dit littéralement des aliments «Ils sont descendus comme du poison dans mon estomac ») Et ceci lorsqu’on mange dans un état de colère, de contrariété ou de tristesse.
2-Mangez lentement et par petites bouchées, et après chaque 3 ou 4 bouchées, arrêtez-vous un instant et contemplez votre nourriture, observez ce qui reste et demandez-vous si vous appréciez votre repas ou non, puis cherchez la raison. (p. 221-222).
3-Pendant que vous mangez, fermez les yeux de temps en temps et concentrez-vous sur votre bouche et le chemin que prend la nourriture pour arriver à votre estomac. (p. 222).
4-Lorsque vous avalez ce que vous avez dans la bouche, prenez trois longues inspirations et expirez profondément (longue expiration) pour montrer que vous appréciez votre repas. Sinon, pourquoi manger si vous ne savourez pas votre repas ? (p. 222).
5-Observez votre corps pour voir s’il y a des signes de tension ou d’inconfort lorsque vous commencez à manger. Répétez l’opération une ou deux fois pendant le repas. Si vous remarquez une tension, arrêtez immédiatement de manger et détendez la zone tendue jusqu’à ce que la tension disparaisse, puis continuez à manger. (p. 222).
6-Entraînez-vous à manger sans vous laisser distraire par autre chose, ne serait-ce qu’une fois par jour. Cette pratique accélère le rétablissement du lien entre la nourriture et votre corps. Cela signifie pas de télévision, pas de radio, pas de téléphone, ni rien d’autre comme la lecture ou Internet. Rien ne doit vous distraire pendant que vous mangez. (p. 221).
7-Veillez à ne pas vous laisser distraire par ce que les autres mangent ou disent, et ne vous préoccupez pas d’autres choses que la nourriture, comme le travail ou autre. (p. 211).
L’auteure Koenig insiste sur la nécessité de la persévérance et de la patience, car on ne peut pas changer ses habitudes alimentaires «d’un simple clic», d’autant plus que les habitudes sont une seconde nature. Elle dit (p. 145): « Réaffirmez-vous une fois de plus que le changement ne se fera pas du jour au lendemain, et rappelez-vous ce que vous avez appris sur le changement: il est cumulatif et lent ».
Changer nos habitudes alimentaires change toute notre vie
En effet, le mode d’alimentation naturel n’est pas seulement une façon de manger, c’est aussi un art de vivre, une vision des choses et une croyance (p. 146): «L’essentiel est que changer votre mode d’alimentation va au-delà d’un simple changement dans votre relation à la nourriture, cela va changer de nombreux aspects de votre vie. Changer votre mode d’alimentation améliorera les moindres détails de votre vie, chaque minute de votre existence. Alors, prenez courage et lancez-vous».
La question mérite bien sûr que l’on y consacre des efforts, de l’attention et du temps, car elle concerne la santé humaine, qui est ce que l’on a de plus précieux.
Il reste de nombreuses remarques à faire sur ce livre, dont l’idée est simple: il faut adopter un mode d’alimentation naturel et cela a un impact sur la santé. Ce principe simple et important nécessite-t-il vraiment toutes ces explications pour remplir les 335 pages de l’ouvrage de Koenig ?
Il ne fait aucun doute qu’il y a beaucoup de bavardages, d’ennui et de détails hors sujet !
De plus, l’auteure néglige également de nombreuses mauvaises habitudes alimentaires, notamment les aliments riches en toxines blanches: le sucre, le sel, le lait et la farine blanche. Un régime alimentaire naturel peut-il à lui seul protéger une personne des effets néfastes et des conséquences négatives de ces aliments?!
À notre avis, la proposition de l’auteure reste importante, mais elle n’est pas suffisante en soi et doit être complétée par quelques conseils médicaux de la Naturopathie et de l’Ayurveda.
دار بيبليون